Des moments d'histoire en lien avec l'industrie du doublage au Québec
La Préhistoire des Pierrafeu
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Recherche et rédaction : Stéphane Perron
Nous sommes le vendredi 30 septembre 1960 et il est 20 h 30, le réseau de télévision américain ABC diffuse pour la première fois une toute nouvelle comédie de situation. Elle raconte l’histoire d’un couple d’américain à l’âge de pierre et elle a pour titre The Flintstones.
Le canevas des Flinstones est fortement calqué sur la très populaire comédie Honeymooners, diffusé sur la chaîne NBC. Chaque épisode est construit de la même façon, des situations récurrentes qui font réagir les personnages principaux et qui introduisent régulièrement des personnalités et célébrités invitées sous forme de caméos.
Créée par William Hanna et Joseph Barbera, The Flinstones à la particularité d’être un dessin animé! C’est la première fois dans l’histoire de la télévision qu’un dessin animé est présenté à heure de grande écoute (Prime time) sur un réseau américain. Les dessins animés sont toujours présentés dans la case horaire pour la clientèle jeunesse. Mais cette fois-ci, la commande était claire de la part de ABC. Une comédie pour les adultes.
La première saison s’avère concluante et ABC renouvelle pour une autre saison.
En 1961, CBC le réseau anglais de Radio-Canada, tente de répéter l’exploit des cotes d’écoute aux heures de pointe avec les Flinstones et c’est un succès. CTV achète la série en 1966, qu’elle porte à l’heure du diner, cinq jours semaine. Cette nouvelle case horaire accorde à la série une popularité constante.
En 1963, la France avait déjà fait doubler 13 épisodes avec la comédienne Roger Carel pour être la voix de Fred Flinstone. Quelque temps plus tard, le distributeur Columbia propose la série à Radio-Canada.
Le directeur de la programmation refuse le produit, parce qu’il trouve que les Pierrafeu français sonnent faux et colle mal à la réalité québécoise. On dira que ce n’est ni pire ni meilleur que Roquet Belles-Oreilles, mais que c’est un sous-produit de la version originale.
Serge Doyon qui est alors directeur adjoint des services français de Screen Gems[1] à Montréal et du studio de doublage Ciné-Sync propose de faire une version qui parle le même langage que dans « Rue des pignons[2] » série très populaire auprès du public à ce moment.
C’est finalement à contrecœur que Radio-Canada achète les trois premières saisons d’une série qui sera doublée en joual. Mais ils ont confiance au flaire de Doyon qui collabore avec eux depuis déjà 15 ans.
La réalisation est confiée à Robert Verge qui sélectionne Paul Berval pour Fred Caillou, Denise Proulx prête sa voix à Délima Caillou, Claude Michaud sera Arthur Laroche et Monique Miller en Bertha Laroche. Monique Miller est la seule du quatuor a maitrisé la technique du doublage pour en faire de façon régulière. Pour Berval, Proux et Michaud c’est une expérience nouvelle.
Denise Proulx avoue en entrevue avoir trouvé les débuts difficiles. Les séances en studio sont longues. Debout pendant des heures avec des écouteurs sur la tête ont fini par avoir mal aux pieds et à la tête. Les comédiens doivent rendre le texte défilant sous l’écran tout en respectant le timing. Selon Denise Proulx, « l’effort est beaucoup plus technique qu’artistique. C’est une question de rythme. …mais on se fait prendre au jeu… on s’attache à ces petits personnages. Parfois j’ai l’impression qu’en me retournant, c’est Arthur qui je vais voir au lieu de Claude Michaud. »[3]
L’adaptation des textes est confiée à Clément Fluet qui va écarter les gags qui n’ont pas de résonnance au Québec et en invente d’autre pour le remplacer. Il va faire parler tous les personnages en Québécois. À l’époque, c’est une petite révolution.
Bedrock City devient Saint-Granite, un village préhistorique du Québec. Toutes les références seront Québécoises. La carrière Miroc (clin d’œil à Miron et frères), le journal Dimanche-Granit (« Dimanche-matin », l’ancêtre du Journal de Québec), le parc Belrock (Parc Belmont), les familles sont rebaptisées avec des noms bien de chez nous : les Flinstone devient la famille Caillou, les Rubbles sont les Laroche. Les héros et le milieu dans lequel ils vivent ressemblent au Québec d’aujourd’hui, mais transposé à l’âge de pierre. Les habitants de Saint-Granite jouissent de tout le confort moderne, maison en banlieue, automobiles, téléviseurs, réfrigérateurs, ciné-parc, etc.
Monique Miller (Bertha Laroche) dira en entrevue que « les Pierrafeu ne parlent pas joual, ils parlent la langue du québécois moyen et sans jamais utiliser de vulgarités. »[4]
Réal Benoit, directeur du service du film de Radio-Canada et homme de lettres, a regardé l’émission pilote faite au Québec. Après la diffusion, il est a été obligé d’admettre que c’était très proche de l’esprit de la version originale.
C’est finalement 10 ans après la première Américaine que les Flinstones deviendront pour les téléspectateurs du Québec, les Pierrafeu. Ils seront enfin en onde pour la première fois le mardi 17 septembre 1971 à 19 h 30. Quelques années plus tard, on les retrouvera à l’heure du diner en semaine et accessible aux enfants. Dès le début, quelques intellectuels sont choqués par ce langage, mais le public est au rendez-vous et le sera de façon constante.
166 épisodes plus tard, quelques spéciaux d’une heure et une série dérivée[5], la série originale doublée en québécois à traversée les décennies et a été à l’affiche à l’antenne de toutes les stations de télévision du Québec. Radio-Canada, TQS, Télétoon, TVA et ses chaines spécialisés ont tous à un moment ou un autre programmé les sympathiques personnages de St-Granite. En 2005, TVA a eu d’ailleurs la mauvaise idée de programmer la version doublée en France. Ils ont évidemment reçu un bon nombre de pleines au service à l’auditoire.Visiblement, on ne touche pas à un élément du patrimoine.
En 1994, soit 34 ans après le lancement de la série sur ABC, Steven Spielberg décide de donner une deuxième vie aux personnages et de produire un film à grand déploiement pour toute la famille. Avec une distribution cinq étoiles: John Goodman, Rick Moranis, Elizabeth Perkins, Rosie O'Donnell, Kyle MacLachlan, Halle Berry et Elizabeth Taylor le film prend l’affiche en format numérique dans les cinémas ainsi que dans les ciné-parcs d’Amérique du Nord le 27 mai, et devient l’un des blockbusters de l’été.
Évidemment une adaptation bien québécoise sera proposée. Le distributeur Universal comprend les enjeux et qu’il ne doit pas présenter une version produite en France. La compagnie Astraltech obtient le contrat de doublage et fait appel à Réal Picard qui avait aussi travaillé sur la série des Pierrafeu après le départ de Clément Fleut. Réal Picard possède une bonne expérience en adaptation et possède les références de l’univers Pierrafeu. De plus, il est responsable de l’adaptation très réussie de la série « Les Simpson » que TQS a acquise depuis quelque temps. [6]
L'opération doublage du film The Flintstones a demandé environ 15 mois d'efforts dans les studios montréalais d'Astral. C’est Brian Levant, le réalisateur du film qui a choisi les voix à partir d’auditions. Paul Berval a été remplacé par Yves Corbeil, Denise Proulx par Marie-André Corneille, Monique Miller par Johanne Léveillée et Claude Michaud par Daniel Lesourd.[7]
Dans l’ensemble les gens apprécient le film, certaines critiques tournent autour du choix d’Yves Corbeil puisqu’il est très connu comme animateur. Mais son timbre de voix est similaire à celui de Goodman et c’est pour cette raison qu’il a été choisi par Levant.
Distribution :
John Goodman (Fred Caillou ) Yves Corbeil
Elizabeth Perkins (Délima Caillou) Marie-Andrée Corneille
Le 28 avril 2000, Brian Levant aura par contre moins de succès avec Les Pierrafeu à Viva Rock Vegas (The Flintstones in Viva Rock Vegas) Deuxième opus encore une fois doublé au Québec avec les voix de Pierre Verville en Fred Caillou, Michel Charette en Arthur Laroche, Sophie Faucher pour Délima Caillou et Natalie Hamel-Roy en Bertha Laroche.
Il faudra attendre 20 ans pour possiblement revoir les Pierrafeu à la télévision, puisqu’en juillet 2019, on apprenait que l’actrice Élizabeth Banks avait signé une entente avec la Warner Bros animation. Cette nouvelle série qui s’adressera à un public adulte devrait être présentée sur la plateforme de streaming Boomerang en 2020.
Souhaitons-nous la mention « Doublé au Québec » également pour cette production.
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[1]. Il s'agit maintenant de la société de production de télévision de Columbia Pictures. Elle produit des séries et assure la distribution du catalogue de sa maison mère à la télévision.[2]Rue des pignons est un téléromanquébécois en 427 épisodes de 25 minutes, diffusés entre le 6 septembre 1966 et le 23 août 1977 à la Télévision de Radio-Canada. (Wikipedia)[3] Nos ancêtres, les Pierrafeu? – Télé-Presse, 25 mars 1972
[4] Nos ancêtres, les Pierrafeu? – Télé-Presse, 25 mars 1972
[5]Les P’tits Pierrafeu (The Pebbles and Bamm-Bamm Show) qui met en vedette Agathe Caillou et Boum-Boum Laroche pendant leur adolescence.[6] Le Droit, 28 mai 1994, p. A3
[7] La voix de Fred. Le Soleil, samedi 28 mai 1994. C1
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